Interview de Pierre-Alain Boyer / Neuroscientifique, coach, artiste …

Interview de Pierre-Alain Boyer / Neuroscientifique, coach, artiste …

Pierre-Alain Boyer fait partie de ces gens qui ne laissent pas indifférents : il est d’une sagesse et d’une paix qui encourage à la vie, à l’aventure intérieure comme extérieure.  Il fait partie des talents que Youmanlink aime mobiliser pour émerveiller les publics des entreprises. Je suis donc heureux de partager ces quelques lignes, que dis-je, ces quelques pages avec vous ! En espérant qu’elles suscitent chez vous quelque émerveillement.

– Quelles sont vos spécialités ?

J’ai plusieurs facettes …

Tout d’abord, première facette : pendant plus de 20 ans, j’ai utilisé mon expertise de recherche en neurosciences au service de gestion de projets neuropsychiatriques, de stratégies de communication, pour l’industrie pharmaceutique, des Biotechs. En 20 ans, on fait beaucoup de rencontres… et je me suis rendu compte que c’était moins l’expertise scientifique que la qualité de la relation à l’autre qui permettait souvent d’atteindre une belle efficacité opérationnelle.

Du coup, deuxième facette, je suis allé explorer l’art de l’accompagnement (je préfère ce terme à « coaching »), et j’ai trouvé là l’évidence d’un chemin à explorer : l’humain. Aujourd’hui, j’accompagne des dirigeants, des managers, des équipes, mais aussi des particuliers, à des moments clés de leur vie. J’interviens par exemple pour optimiser les ressources, la production des équipes en situation complexe. La grande richesse est que chaque cas est unique, car intimement lié à l’identité du (ou des) individus(s), à son histoire, à ses valeurs. Chaque fois, une rencontre nourrissante, un processus de transformation.

Comme peintre et auteur (troisième facette …), j’aime proposer pendant l’accompagnement des moments de médiation artistique, d’approche narrative, qui favorisent l’émergence du potentiel créateur de chacun. J’aime amener les individus à s’émerveiller de ce qu’ils sont car l’émerveillement de soi est une clé pour l’ouverture aux autres. Je me définis comme un tisserand qui accompagne son prochain en l’aidant à tisser son lien d’humanité, à lui, puis aux autres. Quand le lien à soi, la relation à l’autre sont vécus en conscience, sereinement, un changement de regard s’opère, on est plus présent à soi et aux autres ; des « évidences cachées » sont révélées. Pour être concret, en entreprise, ces révélations d’évidences fluidifient l’efficacité opérationnelle.

Enfin, dernière facette, grâce à mes connaissances sur le fonctionnement humain issues des neurosciences, j’anime des conférences au cours desquelles j’invite les participants à explorer leur merveilleux monde intérieur. En quelque sorte, je les confronte par la science à leur propre œuvre d’art. De fait, science et art ont beaucoup de points communs.

– Que savez-vous / pensez-vous du Marketing expérientiel ?

Ma foi, je ne sais pas grand-chose ! Les composantes du cycle expérientiel de Patrick Hetzel (stimuler les sens, surprendre, proposer l’extraordinaire, créer du lien, utiliser la marque) m’inspirent quelques réflexions. Ces composantes sont profondément humaines (au moins les quatre premières) et inter-reliées. D’ailleurs, j’imagine plutôt une toile d’araignée comme métaphore, plutôt qu’une roue. On pourrait imaginer que chaque élément soit relié aux quatre autres.

Stimuler les sens… Tout passe en effet par nos sens, ces petites antennes à notre disposition. Amener l’homme à retrouver ses sens, à les vivre vraiment, en conscience, quel beau chemin. Il y a de quoi (se) surprendre en effet ; simplement en s’ouvrant à soi, déjà par la découverte de notre merveilleux potentiel sensoriel, les mémoires qui s’y rattachent, les émotions qui se libèrent.

Si je comprends bien, ce marketing repose sur la foi que l’on a en l’humain, dans ses capacités à émerveiller et être émerveillé. Je préfère le verbe « émerveiller » à « surprendre », car il l’intègre. Emerveiller : c’est susciter l’étonnement (ou la surprise) et de l’admiration, donc de la joie, de l’épanouissement. C’est ce que je comprends aussi dans la composante « extraordinaire » du cycle expérientiel. L’extraordinaire est en soi  et on peut s’en émerveiller ; encore faut-il en avoir conscience.

Créer du lien… Que sommes-nous sans nos interactions ? L’existence est une succession continuelle de relations. La vie est un immense métier à tisser. Nous sommes tous reliés, au sein d’un système plus ou moins étendu (sociétal, d’entreprise, familial), système interindividuel donc, mais aussi comme système en tant qu’individu. Si chaque individu est bien relié à lui même, c’est-à-dire qu’il développe au quotidien une connaissance de soi, alors il sera toujours plus relié aux autres, que ce soit les parents, les amis, les collègues, …en fait tous les autres, même les inconnus. In fine, on s’ouvre et se relie au monde. Cela change pas mal de choses dans sa vie quand on cultive l’art de la relation aux autres. Toutefois, et ce n’est malheureusement pas toujours bien compris dans nos sociétés : il faut commencer par soi.

– Comment expliquez-vous la force de l’art à produire en nous des émotions ou à créer du lien ?

Je ne sais pas si cela « s’explique » ; en tous cas je ne m’égarerai pas à vous donner des raisons neuro-anatomiques, à vous expliquer par les neurosciences que ceci ou cela…
Quel que soit le talent de l’artiste, son œuvre est susceptible de provoquer une émotion. Celle-ci est reliée au regard de l’observateur, reliée à son histoire. L’œuvre est un catalyseur d’émotions, et cette catalyse est différente selon celui qui regarde. L’hétérogénéité est le charme du genre humain. Pour une même œuvre, on peut générer autant d’émotions que de regards !
Je crois que la catalyse sera d’autant plus efficace que l’artiste créé en étant mû par son émotion. De fait, l’émotion, dont l’étymologie signifie « se mouvoir », est un moteur interne qui remue et transmet, qui parle de celui qui est ému. L’art peut créer du lien par la nature de l’émotion que l’œuvre suscite. On est touché, on retrouve dans l’œuvre un lien à soi, un fil qui résonne avec ce que l’on est à cet instant. On peut aussi être en désaccord avec l’émotion de l’autre face à l’œuvre, c’est toujours créer du lien.

– Avez-vous une expérience sensible avec une marque à partager avec nous ?

Une marque, un goût, un souvenir d’enfance. Le chocolat noir Côte d’or dont l’emballage était de couleur violette. Une douceur, un pur plaisir quotidien. A chaque fois l’image de cet éléphant m’emmenait vers l’Afrique. J’avais le sentiment de puiser sa force à chaque barre de chocolat. C’était presque un pacte.Je ne mange plus de chocolat aujourd’hui, mon foie a dit « stop ». Mais le souvenir de ces moments d’intensité gustative me suffit ; chaque fois je reviens à mon enfance. Quand une marque, alimentaire ou non, offre cela, elle offre beaucoup, et pour longtemps.

– Quelques mots de conclusion?

Dans un contexte complexe, comme celui d’une société en mutation, il me semble essentiel de regarder avec toujours plus de bienveillance et de confiance la part d’humain en nous. Et savoir la faire fructifier. D’un point de vue scientifique, l’homme microscopique, l’homme sensoriel est une merveilleuse œuvre d’art, en évolution constante, avec un potentiel inestimable. Il est enthousiasmant de toujours plus prendre conscience de ce trésor, de l’intégrer dans notre quotidien. Je fais l’hypothèse que mettre l’homme sensoriel au cœur du Marketing expérientiel est un chemin de richesses… et peut-être de sagesse.

Pour en savoir plus sur les activités de Pierre-Alain Boyer : www.calliopae.com

À propos de l'auteur

Laurent AUSTIN Laurent AUSTIN
Passionné d'art et de relations humaines, je suis en charge du développement de l’agence de Marketing expérientiel Youmanlink.

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